Pédale de distorsion utilisée par les guitaristes au cœur des années 1960, la fuzz est surtout employée dans le milieu du rock, notamment à la mémorable époque du courant psychédélique. Basé sur un circuit composé de deux transistors, le modèle "Fuzz Face" deviendra la référence en changeant la manière d'utiliser les guitares électriques. Aujourd'hui encore, beaucoup de musiciens ne jurent que par leur "Fuzz Face" et la sonorité qu'elle produit, Eric Johnson et David Gilmour, les premiers.
La majorité des modèles ont été conçus à la fin des années 1960 aux États-Unis et au Royaume-Uni, tels que la "Fuzz Face", la "Tone Bender" ou la "Big Muff". Les premières fuzz étaient équipées de transistors au germanium, un composant particulièrement sensible à la chaleur qui sera promptement remplacé par des versions au silicium, nettement plus stables. Ce changement majeur aura permis d'avoir des distorsions qui sonnent à l'identique, et ce, sans devoir appairer les composants.
Aussi bien que d'autres pédales de distorsion, la fuzz sature le signal d'entrée pour le restituer en sortie avec ses propres caractéristiques sonores, celles-ci étant le plus souvent décrites comme « agressives et chaotiques » avec un très long sustain qui permet de jouer avec le larsen. Le contrôle de la pédale, quelle que soit la version, reste simple. Sur certains modèles, comme la "Fuzz Face", le guitariste peut même faire varier la saturation en utilisant uniquement le bouton de volume de son instrument.
En dépit de leurs circuits simplistes, les pédales fuzz possèdent une vaste étendue de sonorité disponible, ce que démontrera très tôt un nouveau venu de Londres du nom de Jimi Hendrix. Selon la technique de jeu employée par le guitariste et les éléments qu'il combine avec, elle permet d'obtenir des sons qui s'étendent du véritable fuzz psychedelic à la puissante overdrive.
En 1962, la "Maestro Fuzz Tone" devient la première pédale d'effet de l'histoire, popularisée par le guitariste Keith Richards des Rolling Stones à travers le riff de la chanson (I can't get no) Satisfaction en 1965. La même année, la "Tone Bender" lui succède. Commercialisée sous la marque "Sola Sound", elle est déclinée en plusieurs versions, dont la "Tone Bender Professionnal MK2" qui sera utilisée par Jeff Beck et John Lennon.
L'année d'après, en 1966, les ingénieurs de l'entreprise américaine Mosrite mettent au point la "Fuzzrite", une pédale conçue pour répondre à la demande de Léo LeBlanc, un spécialiste de la pedal steel guitar. La "Fuzz face", qui sort la même année, éclipse la "Fuzzrite" et devient célèbre pour des raisons qui tiennent autant à son look et à son prix qu'à son intuitive utilisation.
Imaginée par Ivor Arbiter au Royaume-Uni et inspirée de la "Maestro Fuzz Tone" et de la "Sola Sound Tonebender", la "Fuzz Face" fait son apparition en 1966. Cet autre modèle sera utilisée par des musiciens prestigieux, à commencer par Jimi Hendrix qui aura tout le talent nécessaire pour la populariser. D'autres artistes suivront son exemple, dont David Gilmour et George Harrison. Néanmoins, la "Fuzz Face" connaîtra elle aussi différentes versions avant de disparaître du circuit en 1975, pour réapparaître à nouveau à partir de 1993 grâce à l'entreprise américaine Jim Dunlop.
Parallèlement à la création de la "Fuzz Face", un ingénieur japonais répondant au nom de Fumio Mieda crée en 1967 la "psychedelic machine" qui combine à la fois un phasing et une fuzz, deux effets qui se verront séparés pour être vendus respectivement sous les appellations "Univibe" et "Shin-ei Companion FY-2". Cette même fuzz rebaptisée en 1968 "Superfuzz", incorpore alors les possibilités d'un octaver avec transposition à l'octave supérieure et inférieure. Le guitariste des Who, Pete Townshend l'utilisera.
En 1969, la société Electro-Harmonix, parfaitement connue des musiciens pour ses effets à bas prix, crée avec Bob Myer la "Big Muff", une pédale au design original et offrant un gain de distorsion et de sustain accru. Le circuit de ce modèle utilise quatre transistors au silicium et des filtres de tonalité. Contrairement à ses prédécesseurs, la "Big Muff" produit un son massif tout en conservant une réelle clarté sonore. David Gilmour s'en servira.
C'est au début des années 1970 que les fuzz tombent progressivement en désuétude, concurrencées par le développement des pédales overdrive et des nouvelles distorsions qui offrent un son plus défini et maîtrisé. Une autre raison provient des amplificateurs de scène qui évoluent de leur côté et incorporent à présent un master volume donnant la possibilité de pousser les lampes à leur maximum pour obtenir une saturation élevée sans aucun effet externe. Pour autant, plusieurs modèles dérivés de la fuzz seront créés à cette époque. Mentionnons en particulier l'Octavia, une fuzz produisant une octave supérieure, et la fuzz wah, un modèle combinant les effets de la fuzz et du wah-wah.