Système de notation utilisé en harmonie notamment dans les parties du continuo de la musique baroque. La basse chiffrée laisse à l'interprète une certaine marge d'improvisation dans la réalisation des accords.
Une basse chiffrée est agrémentée de chiffres et d'altérations généralement placées sous la portée. Ces indications suggèrent les intervalles à jouer selon le type d'accord et ses renversements. Elle indique ainsi au musicien ce qu'il est contraint de jouer, le type même d'indication absente des partitions modernes. La basse chiffrée vise avant tout à interpréter des harmonies en fonction d'un esthétisme précis, bien que rien n'interdise l'improvisation.
Cette notation est au cœur des principes d'écriture de la musique baroque. Relative à celle-ci, le terme « basse continue » provient de la nécessité pour les accompagnateurs d'improviser à partir d'une ligne de basse ininterrompue, même quand la voix de basse se tait. Le chiffrage de ces notes continues, en procurant quelques indications sur les accords à réaliser, a donné naissance à la basse chiffrée. Cependant, les chiffres pouvaient être omis dès l'instant que le compositeur imaginait que l'accord à utiliser coulerait de source. De surcroît, les musiciens de cette époque avaient chacun leur propre convention du chiffrage.
Abandonné par les compositeurs dès le début du 19ᵉ siècle, le chiffrage des accords n'est plus utilisé, excepté dans l'enseignement auquel il fait office de pédagogie et d'analyse pour comprendre et assimiler les nombreuses règles de l'harmonie classique.
Comme pour l'harmonie moderne, afin de comprendre le positionnement des accords et leur cheminement, les chiffres arabes sont utilisés, mais avec une précision autrement complexe.
Par exemple, on les utilise pour indiquer la hauteur d'une note par rapport à la plus grave et non en fonction de la fondamentale de l'accord. En restant simple, chaque chiffre décrit un intervalle dans la gamme correspondant à la tonalité courante. C'est donc cette dernière qui sert de guide et qui indique, par exemple, si la seconde, la tierce ou la sixte sont majeures ou mineures.
La notation chiffrée utilise par ailleurs les préfixes plus (+) et moins (-). Le plus "force" un intervalle majeur ou augmenté (quarte, quinte aug.), alors que le moins réalisera l'effet inverse, mais avec un intervalle mineur ou diminué. Ajoutons à cela, l'emploi de chiffres barrés d'un côté ou de l'autre qui permettent d'obtenir un résultat semblable. Le signe " / " indique la note abaissée et le signe " \ ", la note haussée.
Autre exemple révélateur avec les quartes et les quintes. Celles-ci sont généralement justes, mais pas obligatoirement. Ainsi, si l'on est en Do majeur, la note située à la quarte de la note do est le fa #. Nous sommes donc en présence d'une quarte augmentée. Ensuite, son renversement supérieur, fort logiquement, est " # - Do", ce qui correspond à une quinte diminuée.
Ces différents exemples ne sont qu'un tout petit aperçu d'une technique qui correspond finalement, pour le musicien, à une prise en main de l'usage d'une certaine harmonie afin de limiter la faute de goût. La faute esthétique, tout court.