Style de jazz, très en honneur depuis 1945, qui se caractérise par des tempos rapides où l'improvisation est basée plus sur une structure harmonique sophistiquée que sur la mélodie. La section rythmique est éclatée et fait usage d'harmonies chromatiques et dissonantes. Avec le bebop apparaît la standardisation des formations réduites : quartette et quintette. Plus tard, le style hard-bop se développera à partir du be-bop et combinera le blues et la musique de gospel.
À l'origine, dans les années 1940, de nombreux musiciens d'orchestre se lassent de la rigidité des big bands et de la structure swing. Ils se réunissent en petits groupes après les concerts ou les sessions d'enregistrement avec des orchestres plus importants et laissent libre cours à leur virtuosité sur des rythmes très appuyés. C'est la naissance du bebop. Le style marque une évolution importante axée sur l'habileté technique des musiciens et une plus grande complexité rythmique et harmonique, amenée entre autres par le saxophoniste Charlie Parker, le trompettiste Dizzy Gillespie et le pianiste Thelonious Monk. Ce fut un changement majeur pour le jazz. De musique de danse, le jazz était devenu un art intellectuel de premier rang.
Be-bop (Dizzy Gillespie)
Fait remarquable pour une musique dominée par l'improvisation, le bebop a agi, depuis son apparition, comme se voulant une autorité majeure dans l'évolution du jazz, au point que de nombreux jazzmen actuels revendiquent son influence dans leur improvisation.
Le tempo, souvent rapide, s'accompagne de grilles harmoniques complexes dues à des mesures fréquemment riches d'accords. Outre une bonne maitrise technique de l'instrument, le bebop réclame de fait une connaissance approfondie de l’usage de l'harmonie et de ses subtilités. Charlie Parker se fera un malin plaisir de réharmoniser quelques standards pour qu'ils se conjuguent avec sa vision de la musique.
Le bebop est une musique beaucoup moins abordable que du temps où le swing menait la danse. On remarque d'ailleurs que la batterie si sage, avec son "cha-ba-da", avait pris ses distances en ne soutenant plus de la même façon le soliste qui improvise. Au lieu de cadrer le rythme par une figure rythmique continue, le batteur souligne les accents de la mélodie ou de l'improvisation par sa caisse claire associée aux cymbales, la grosse caiss s'engageant à appuyer de temps à autre la "walking bass" de la contrebasse. S'agissant du thème, celui-ci est fréquemment joué à l'unisson par le saxophone et la trompette, alors qu'en trio, le pianiste a généralement les deux mains bien occupées pour le présenter.
L'improvisation est sans nul doute le véritable objectif du bebop. Le leitmotiv est là par devoir, agissant comme une diversion que seule la tradition oblige de présenter. Puis, tout va très vite. Les improvisations s'enchaînent continuellement, passant d'un soliste à l'autre, jusqu'à la reprise du thème, en conclusion. Les nombreux accords appuyés et les figures en contretemps interprétées par les accompagnateurs sont dans l'obligation de répondre à l'improvisateur sans sourciller.
Avec le recul, toute cette révolution dans l'approche du langage semblait nécessaire. Elle répondait à une sorte de libération d'après-guerre pour contrer l'enlisement d'un phrasé qui avait tendance à tourner en rond depuis trop longtemps. Cela a surtout permis à ce courant de s'imposer comme une musique de concert en explorant de nouveaux horizons.
Durant sa mémorable époque, et même après, certains musiciens réputés, français comme américains, ne devaient pas comprendre la direction prise par ses jeunes jazzmen pleins d'allant, ni leur langage dénigrant la mélodie chantante. En somme, le bebop, par son audace, avait enfreint l'esthétique qui avait fait du jazz une musique abordable et dansante.